Menaces sur l’INJEP en 5 points… Infos / intox

Menaces sur l’INJEP… Infos / intox

Suite à la publication de la tribune « Si la jeunesse est prioritaire, regardons la en face » parue dans Libération du 21 juin à l’initiative de chercheurs et d’associatifs, des éléments de réponse émanant du ministère de la jeunesse ont été publiés dans la dépêche AEF du même jour : « Le ministère de la jeunesse va faire “évoluer” le statut de l’Injep ».

Petit décryptage de la rhétorique ministérielle par un collectif des personnels de l’Injep.

1. Le nouveau statut donnera t-il les mêmes garanties d’autonomie et d’impartialité ?

Intox : D’après la dépêche AEF (n°184531), le nouveau statut offrirait les mêmes garanties d’indépendance, à l’instar d’organismes tels que l’INSEE, la DARES, ou encore le DEPP.

Info : Les modèles cités sont ceux de directions d’administration centrale qui ne disposent d’aucune autonomie et dont les productions servent d’abord à alimenter la communication ministérielle concernée. Les anomalies de fonctionnement liées à leur statut, ont d’ailleurs fait l’objet de plusieurs publications (voir supra)

INSEE : http://emploi.blog.lemonde.fr/2013/06/04/linsee-yoyote-sur-les-chiffres-du-chomage/

http://acdc2007.free.fr/

DEPP : http://www.cahiers-pedagogiques.com/blog/lesdechiffreurs/?page_id=2

DARES : Penissat Etienne, « Publier des « chiffres officiels » ou les contraintes bureaucratiques et politiques qui façonnent l’expertise d’État » Le cas des statistiques du ministère du Travail, Gouvernement et action publique, 2012/4 n° 4, p. 45-66

2. Un conseil scientifique garantit-il indépendance et impartialité ?

Intox : Un conseil scientifique peut préserver l’indépendance intellectuelle et l’impartialité, l’INSEE, la DARES et le DEPP sont d’ailleurs dotés d’un conseil scientifique.

Info : Ceci ne protège en rien des pressions politiques. Le conseil scientifique est une instance consultative. En l’absence de conseil d’administration, la détermination du programme de travail est unilatéralement fixée par l’administration. La seule instance garantissant véritablement l’indépendance intellectuelle est le conseil d’administration qui se trouve supprimé dans la restructuration de l’Injep.

3. Y a t-il une différence entre un service à compétence nationale et un établissement public ?

Intox : « L’évolution du statut de l’Injep est au cœur de la mise en œuvre de la priorité jeunesse du ministère. Autre hypothèse envisagée pour l’avenir de l’Injep, le service à compétence nationale, offrirait les mêmes garanties pour les personnels et leurs missions ».

Info : À la différence d’un établissement public, le service à compétence nationale n’a pas d’autonomie administrative et financière et est placé sous l’autorité directe d’un ministre pour remplir une mission à caractère opérationnel à l’échelle nationale (décret du 9 mai 1997). La circulaire du Premier ministre du 9 avril  2013 relative aux agences privilégie le recours à ce statut pour des activités de durée limitée… Comme établissement public, l’Injep a une mission d’intérêt général, au service du public élargi composé d’associations, collectivités territoriales, militants jeunesses, chercheurs… Comme service à compétence nationale, il serait placé au service du seul ministre en charge de la jeunesse et de la politique qu’il mène.

4. Un Injep qui serait renforcé dans ses missions ?

Intox : Un élargissement des missions de l’Injep est envisagé dans le cadre de la modernisation de l’action publique et de la « Priorité jeunesse ».

Info : La mise en avant des missions d’évaluation et de production statistique – déjà dévolues à l’Injep depuis 2010 – se fait au détriment de la recherche et de l’expertise. Cœur de métier de l’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse, celles-ci fondent pourtant son positionnement à l’interface de la recherche académique et des acteurs de jeunesse. Finies les ressources produites par l’Injep pour les professionnels de jeunesse, voici venu le temps des chiffres officiels.

5. L’injep deviendra t-il seulement une « marque » ?

Intox : La volonté est affirmée de maintenir le nom « Injep », parfois rebaptisé « marque Injep », voire « label Injep » (sic !).

Info : Attention aux contrefaçons ! En quoi le maintien du nom « Injep » est-il une garantie de la qualité et de l’indépendance de ses travaux si ses missions et son contenu sont vidés de leur sens ?…

D’autres scénarios sont-ils possibles ?

Comme l’ont déjà fait savoir publiquement les personnels de l’Injep faute d’un dialogue instauré par leur ministre, l’évolution de l’établissement est possible et six scénarios pour mieux outiller les politiques jeunesses ont été proposés allant dans le sens de la modernisation de l’action publique, de la priorité jeunesse et d’une approche transversale et interministérielle des questions de jeunesse.

Tribune Liberation : « Si la jeunesse est prioritaire, regardons-la en face »

Tribune de soutien à l’INJEP publiée dans Libération du 21 juin 2013

Pétition en ligne sur le même texte : http://goo.gl/bPFqI

indexA l’heure où 23% des jeunes sont en situation de pauvreté, où près de 20% d’entre eux sont touchés par le chômage, où l’âge du premier CDI est autour de 27 ans, et que les inégalités entre jeunes se creusent, le gouvernement s’apprête à officialiser le démantèlement du seul établissement public spécialisé sur ces questions, l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP, par ailleurs déjà fragilisé en 2009 par la RGPP). Malgré un discours qui se voudrait rassurant, la réaffectation d’une partie de son personnel dans une sous-direction « études » interne au ministère en charge de la jeunesse signe la fin de cette institution historique, de cet établissement pourtant reconnu depuis 60 ans comme acteur et ressource en matière de compréhension de la jeunesse et des politiques de jeunesse.

L’INJEP est un lieu unique, tant pour le monde de la recherche, pour l’administration, pour les professionnels de jeunesse que pour les acteurs associatifs : ni laboratoire CNRS, ni département universitaire, l’établissement entretient en effet une relation de proximité avec le monde académique tout en multipliant les articulations et les passerelles avec celui de l’action et de la décision publiques. Grâce à une gouvernance partagée (un conseil scientifique composé de chercheurs et un conseil d’administration rassemblant des personnalités comme des représentants des collectivités et des mouvements de jeunesse), l’INJEP opère à l’interface de ces milieux : il facilite les échanges, les rencontres, la confrontation des questionnements et le transfert des compétences et des connaissances d’un monde vers l’autre. Il interagit dans l’espace que les institutions européennes en charge des politiques jeunesse décrivent comme « triangle magique : researcher, policy maker and youth worker (recherche, décideurs politiques, acteurs de terrain) ».

Ce positionnement, sans équivalent à l’échelle hexagonale, permet à des décideurs, des professionnels, des élus locaux et des responsables associatifs de s’approprier les travaux scientifiques, et aux acteurs de terrain d’interpeller les chercheurs. Espace de rencontres et d’échanges, il facilite l’élaboration de problématiques de recherche en phase avec l’actualité et la demande sociale. Ces travaux ont largement contribué à la professionnalisation et à l’adaptation des métiers des professionnels de jeunesse, que les projets éducatifs territoriaux vont bientôt mobiliser en nombre. Ils alimentent une boite à outils de principes et d’instruments que les élus et décideurs des politiques jeunesses utilisent aujourd’hui quotidiennement.

L’indépendance, l’autonomie administrative et la gouvernance partagée ont rendu ces réalisations possibles. A présent, la jeunesse, portée au cœur des préoccupations politiques dans un contexte de crise, va devoir tirer un trait sur cette exigence au fondement d’un travail de recherche et d’une expertise non partisane.

Il s’agit là d’une erreur politique majeure qui hypothèque l’avenir des politiques de jeunesse, de ses professionnels et militants, et la connaissance scientifique neutre et objective de la situation des jeunes. Elle va à contresens des engagements du Gouvernement de faire de la jeunesse sa priorité.

Cette perspective va aussi à contresens des objectifs de la Commission européenne visant à développer « une meilleure connaissance de la jeunesse ». Nombre de pays européens ont déjà compris l’intérêt et l’utilité d’observatoires de jeunesse nationaux autonomes. L’Allemagne s’est ainsi dotée avec le Deutsche Jugend Institut (DJI) d’un puissant outil de veille, d’observation et d’évaluation, ce dernier bénéficiant d’un statut d’établissement public sous la tutelle du ministère en charge de la famille, des personnes âgées, des femmes et de la jeunesse. Il est vital, pour la connaissance comme pour l’action, qu’existe en France une institution qui se positionne à la croisée de ces différents acteurs et niveaux d’intervention, qui produise et recueille des données fiables, les capitalise, les compare, les interprète et les rende disponibles au plus grand nombre.

Pour toutes ces raisons, chercheurs, universitaires et experts, qui consacrent leurs travaux à une meilleure connaissance des jeunes, de leur situation et des politiques de jeunesse s’alarment. Décideurs politiques, cadres associatifs et acteurs de terrain qui conçoivent et mettent en œuvre les politiques de jeunesse tiennent également à alerter le Gouvernement et l’opinion publique. Pour répondre aux inquiétudes et aux malaises des jeunes, l’élaboration des politiques en phase avec leurs besoins exige une vraie connaissance de leur place dans la société, de leurs modes de vie, de leurs représentations et de leurs valeurs.

Aussi, si la jeunesse reste la priorité du gouvernement, l’intérêt général appelle au renforcement d’un INJEP autonome dans ses missions, partagé dans sa gouvernance au service de tous et non sa réduction à un service du seul ministère à l’heure où décentralisation et dialogue civil sont à nouveau à l’agenda politique.

Premiers signataires de la tribune : 

Abonneau G., Président de la FF MJC

Andrieu P.J., Ancien délégué interministériel à l’insertion sociale et professionnelle des jeunes (DiiJ)

Augustin JP., géographe, Université Bordeaux III

Besse L., historien, IUT de Tours

Brechon P., professeur de science politique, IEP Grenoble

Bretesche de la A., Président COFAC (coordination des fédérations des associations de culture et de communication)

Coly B., Secrétaire général MRJC

Cordazzo P., démographe, université Strasbourg

Costa-Lascoux J., directrice de recherche CNRS, CEVIPOF

Curraize de Y., économiste, Université Paris Descartes

Deschamps F. (ancien Président de la Fédé nationale des directeurs culturels des collectivités)

Douard O., sociologue, directeur du LERIS

Dubet F., sociologue, EHESS, Université Bordeaux 2

Enel F. (Vérès consultants)

Favey E., Secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement

Fuchs J., historien, Université Bretagne occidentale

Galland O., sociologue, GEMASS-CNRS

Gaviria S., sociologue, IUT du Havre

Gille J.P Président de l’union nationale des missions locales (UNML)

Hazan JJ., ancien président FCPE

Heckel B, comité national de liaison des associations de prévention spécialisée

Lapeyronnie D., sociologue, université Paris-Sorbonne – GEMASS

Lebon F., chercheur en sciences de l’éducation, Université Paris Est Créteil

Lima L., sociologue au CNAM, LISE

Linares de C., sociologue

Loncle P., titulaire de la chaire de recherche sur la jeunesse, EHESP

Martinet M-P, secrétaire générale du Planning Familial

Marquaille B., conseiller régional Ile de France

Meirieu P., vice president Conseil régional Rhône-Alpes

Muxel A., directrice de recherche au CNRS, CEVIPOF

Paris C., Directeur général de l’AFEV

Peugny C., sociologue, Université Paris 8, CRESPPA-CNRS

Redjimi G., sociologue

Santelli E., chargée de recherche CNRS, Université Lyon

Singly F.de, sociologue, CERLIS-CNRS

Tartakowsky P., président de la Ligue des droits de l’Homme

Tiberj V., sociologue, Sciences Po Paris

Van de Velde C., sociologue de la jeunesse

Vanneroy C., déléguée générale d’ANIMAFAC

Vialon L., direction des activités sportives et éducatives, UCPA

Vulbeau A., chercheur en sciences de l’éducation, Université Paris Ouest Nanterre

Zaibi N., vice-présidente Conseil régional de Bourgogne

Soutien de Michel MIRAUDON, ancien chargé de mission au Commissariat général du Plan

Le projet de rattachement administratif de l’INJEP a au moins le mérite d’autoriser un questionnement de fond, qu’on jugera sans doute iconoclaste. Quel rôle, aujourd’hui, pour un ministère de la Jeunesse ? Qu’est-ce qu’une « administration » spécifiquement dédiée à la jeunesse ? « Administre »-t-on un groupe social ou un âge de la vie (le débat scientifique reste ouvert) comme on administre un territoire ou comme on gère une entreprise ? Qu’est-ce que l’éducation populaire et quelle place occupe-t-elle dans la société contemporaine comme dans l’action publique, à l’heure d’Internet et de la « cyber-formation » ? Ces questions se posent alors qu’un effort de réduction budgétaire sans précédent a été engagé par l’actuel gouvernement. L’expérience de la RGPP a montré, si besoin était, que la seule façon d’éviter que le souci légitime de réaliser des économies dans le budget de l’Etat réponde exclusivement à des critères comptables, au détriment de l’appréciation globale de l’efficacité des politiques publiques, est de mettre prioritairement l’accent – et les moyens – sur l’évaluation de l’action publique. Or, le « champ » de la jeunesse est traversé (« agi » diraient sociologues et politologues) par un grand nombre de politiques publiques, sans lien entre elles, qui mobilisent de nombreux acteurs et mettent en jeu de multiples dispositifs, plus souvent concurrents que complémentaires. Par suite, leur efficacité n’est pas toujours au rendez-vous. A commencer par les politiques éducatives, au premier rang desquelles se situe la politique d’éducation nationale, dont les objectifs, les moyens – et l’évaluation elle-même – sont sans cesse mis en débat, sinon en cause, au sein de ses réseaux d’acteurs comme dans la société. A l’heure où des milliers de jeunes, en France comme dans une large partie de l’Europe, subissent un chômage dévastateur, et où les acteurs du système éducatif se disputent sur le sort d’une énième réforme de l’enseignement – une « refondation » dont on ne contestera ni l’ambition ni la nécessité, mais dont les fruits attendus profiteront, au mieux, à la génération suivante -, le temps n’est-il pas venu d’en sortir enfin par le haut, comme l’appelait de ses voeux, fort lucidement, François Hollande, bien avant d’être candidat à l’élection qui a fait de lui le président de la République française ? S’il doit y avoir une politique de la jeunesse, et pour peu qu’on veuille la hisser à la hauteur des enjeux actuels, elle ne peut être que transversale, car mettant en jeu de multiples ressorts et leviers d’action ou sources de financement, dans l’Etat comme dans la société. Par nature, comme par souci de l’efficacité, elle ne peut donc être qu’interministérielle et devrait être « impulsée » par le Premier ministre lui-même, ou en son nom et par délégation. Son évaluation suppose une connaissance scientifique globale, internationale et actualisée en permanence des phénomènes qui caractérisent la jeunesse, dans toutes ses composantes, ses dynamiques et ses mutations. Elle nécessite également une connaissance approfondie de l’ensemble des acteurs agissant dans ce champ et une large capacité d’appréhension de leurs comportements et de leurs interactions. Mais si l’observation du champ et l’évaluation des politiques de la jeunesse ont partie liée, ils ne sauraient être le fait d’un seul des acteurs impliqués dans l’action, sauf à perdre en objectivité, en efficacité et, au bout du compte, en crédibilité voire en légitimité : que « péserait », par exemple, une évaluation conduite par une administration en charge de la jeunesse, des sports et de l’éducation populaire, face aux services du « puissant » ministère de l’Education nationale ou à ceux qui sont aujourd’hui en charge de l’économie en même temps que de l’emploi ? Dans le paysage institutionnel actuel, seul l’INJEP, avec son Observatoire de la Jeunesse, qu’il convient de ne pas dissocier, réunit les connaissances, l’expérience et les compétences nécessaires pour se voir confier une mission ainsi redéfinie, à l’interface de la communauté des acteurs. Dans cette perspective, non seulement il importe qu’il conserve son statut actuel d’Etablissement public, garant de l’indispensable autonomie de tout organisme évaluateur, mais plus ambitieusement, on pourrait imaginer d’élargir sa mission pour un faire le support transversal de l’animation et de l’évaluation d’un programme national, pluri-annuel, interministériel et partenarial, en direction de la jeunesse.
Paris, 3 mai 2013
Michel Mirandon
ancien chargé de mission au Commissariat général du Plan,
coordinateur de la Commisssion « Jeunes et politiques publiques », présidée par Dominique Charvet (rapport « Jeunesse, le devoir d’avenir », publié à la Documentation française, 2001)

Soutien : Christophe PARIS, directeur général AFEV

Il y a quelques années, lors du déménagement de l’Injep de Marly, j’avais déjà écrit ce type de lettre. Les temps changent mais cette question de l’avenir de l’Injep est, hélas, toujours autant d’actualité…

Je vais donc refaire ce que j’avais fait à l ‘époque, témoigner. Je ne suis pas un décideur public, je ne juge pas ici de la pertinence de telle ou telle décision dont je ne mesure pas toute la portée, je veux juste apporter un éclairage d’acteur, comme une « pièce à verser au dossier ».

L’Afev, est une belle aventure, une aventure fragile, une aventure incertaine. Il a fallu beaucoup de détermination, beaucoup d’innovation, beaucoup de ténacité, pour aujourd’hui, au bout de 20 ans, se dire que le combat était utile à mener, pour les jeunes qui s’engagent, pour ceux que nous accompagnons, pour les territoires où nous intervenons.

L’Injep fait partie des très rares structures à toujours avoir été là, toujours présente, sans jugement, mais avec bienveillance et exigence.
Elle a su nous aider à croire à l’utilité de notre action, même dans les moments difficiles, par leur regard sur nos actions et l’apport de leurs compétences. C’est avec l’Injep que nous avons mené un important travail d’évaluation prospective de notre projet articulé autour d’une évaluation et d’une publication ; ce travail structure encore, 6 ans après, l’action de l’Afev. C’est encore avec l’Injep que nous avons débuté notre réflexion sur ce qui deviendra plus tard les colocations à projets solidaires. Je pourrais multiplier les exemples, aujourd’hui, l’Afev ne serait pas ce qu’elle est sans l’Injep. C’est pour moi à la fois une certitude et une évidence.

Je suis également convaincu que son statut d’interface, non intégré pleinement à l’institution mais articulé avec elle, a permis à l’Injep de se placer, auprès de nous, dans une posture d’accompagnement. Je le dis avec d’autant plus de conviction qu’à ces mêmes périodes, nos relations avec le Ministère « jeunesse et sports » étaient compliquées, l’Afev ne rentrant pas toujours, ni par son histoire, ni par ses actions, dans les cases historiques des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire.

Aujourd’hui nos liens avec le ministère sont très bons, j’écris donc ce témoignage sans aucun calcul, ni ressentiment.

Si l’on pense que le rôle d’un institut jeunesse et éducation populaire n’est pas seulement celui de fournir une photographie de la jeunesse, mais d’être en perpétuelle recherche des mouvements, des évolutions, des transformations qui s’opèrent dans ce secteur; si l’on considère que le monde change vite et que la jeunesse est à la fois à la pointe de ces mutations et en premier ligne en terme d’impact social, alors un institut jeunesse et éducation populaire doit être une structure libre de prendre ce petit temps d’avance par rapport aux politiques publiques. Les choix faits quant à la structuration future de l’Injep pèseront beaucoup sur sa capacité future à accompagner l’innovation et à comprendre les attentes de la jeunesse.

Je suis à votre entière disposition pour développer ce premier témoignage et participer à une réflexion plus large sur l’évolution de l’Injep.

Vous remerciant à nouveau pour votre soutien, je vous transmets mes meilleures salutations.

Christophe PARIS
Directeur Général de l’AFEV

26 Bis Rue Château Landon
75010 Paris

 

Soutien de François DESCHAMPS, ex-president FNADAC

Comme c’est le cas pour l’Observatoire des politiques culturelles (situé à Grenoble), il est important de pouvoir disposer d’une production de connaissance sur la jeunesse qui soit publique et la plus objective possible, ce que favorise, pour les pôles nationaux de référence et de ressources, un statut autonome de la tutelle ministérielle, de par leur position d’interface et de partenariat avec les acteurs concernés, notamment les collectivités territoriales.
Que vive l’INJEP !

François DESCHAMPS
cofondateur et ex-président de la FNADAC (Fédération nationale des associations de directeurs des affaires culturelles des collectivités territoriales)

Soutien du Comité de rédaction de la revue Agora débats/jeunesses

Soutien du Comité de rédaction de la revue Agora débats/jeunesses

Un Injep autonome pour l’indépendance de la recherche sur la jeunesse

La revue Agora débats/jeunesses menacée ?

Les membres du comité de rédaction de la revue Agora débats/jeunesses s’inquiètent d’une éventuelle transformation de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep).Une intégration de l’INJEP à un service de l’administration aurait pour conséquence une perte de l’autonomie essentielle à l’élaboration de travaux d’observation, d’évaluation et de recherche.

L’INJEP est à l’initiative et promoteur de la revue, et, par conséquent le risque de voir la revue elle-même fragilisée sinon compromise nous inquiète beaucoup. Attachés au rôle de passeur de la recherche et de diffusion de la connaissance joué par la revue, les membres du comité de rédaction veillent également à ce qu’Agora débats/jeunesses diffuse les acquis de la recherche auprès des milieux de la recherche, universités, laboratoires de recherche mais aussi auprès des milieux de jeunesse (professionnels et associations), des collectivités locales, et des instituts de formation d’animateurs et de travailleurs sociaux. La revue tire aussi sa légitimité de l’indépendance des chercheurs qui composent son comité de rédaction, indépendance à laquelle sont attachés aussi bien les milieux associatifs que les partenaires de recherche.

Le premier numéro d’Agora débats/jeunesses est paru en 1995 et 63 numéros ont suivi depuis. La revue a pris, au fil des années, une place prépondérante dans les débats autour des questions de jeunesse et constitue désormais une référence incontournable pour tous ceux qui, chercheurs ou acteurs de terrain, sont concernés d’une manière ou d’une autre par ces questions. Dans l’éditorial qui ouvrait le premier numéro, la revue affirmait son intention : « la mise en tension dynamique de la théorie et de la pratique », afin de permettre « un partage réel des innovations, des expérimentations, une transférabilité des savoir-faire collectifs ». La finalité était « l’action » : elle a été poursuivie sans renoncer aux exigences de rigueur dans la démarche scientifique, dans un souci permanent d’ouverture aux aspects les plus divers des questions de jeunesse, dans la ferme volonté de favoriser et développer l’éducation permanente au bénéfice des jeunes. Poursuivant ce but avec opiniâtreté, la revue a ainsi contribué non seulement à la diffusion dans un large public des problématiques de jeunesse mais elle a apporté aussi une contribution essentielle au développement de connaissances indispensables à toute action concertée en direction des jeunesses de notre pays, des jeunesses européennes plus largement et a nourri les travaux des chercheurs engagés sur les questions de jeunesse.

La revue s’est ainsi située d’emblée à « la croisée des champs de la Jeunesse et de l’Education populaire », et, au sein de l’Injep a constitué une ressource indispensable à tous ceux, associations en particulier, qui oeuvrent dans le champ de la jeunesse de l’éducation populaire. La révision générale des politiques publiques, menée sous le précédent quinquennat, avait conduit à l’abandon du site historique de l’établissement (Marly-le-Roi), à l’installation de son siège à Paris. Dans sa nouvelle configuration, l’Injep a poursuivi, avec le même esprit d’indépendance et de responsabilité, les tâches qui lui sont imparties, notamment l’observation, l’analyse et l’évaluation des évolutions de la jeunesse, de ses comportements et de ses attentes, des politiques et des actions qui s’adressent à elle en ayant pris acte des remarques de la cour des Comptes laquelle en 2008 avait attiré l’attention sur la nécessaire autonomie dans des activités de recherche et d’évaluation.

Si la revue Agora débats/jeunesses est nécessaire à la communauté de ceux qui travaillent en direction de la jeunesse, l’Observatoire de l’INJEP est de même nécessaire à la revue : il constitue le garant de la possibilité de poursuivre un projet éditorial original et pertinent dans de bonnes conditions. Sa légitimité et donc la légitimité de la revue auprès des milieux de recherche tient à l’autonomie jusqu’ici préservée. La diffusion d’Agora débats/jeunesses depuis 2012 par les Presses de Sciences Po et l’intégration aux bouquets numériques de référence Cairn et Persée, le classement d’Agora débats/jeunesses comme revue en sociologie-démographie et sciences de l’éducation par l’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) témoignent du chemin accompli. Il serait pour le moins paradoxal qu’au moment où la légitimité scientifique de la revue est acquise, la perte d’autonomie de l’observatoire vienne ruiner sa crédibilité Par ailleurs, les membres du comité de rédaction peuvent témoigner que la restructuration de l’INJEP menée à partir de 2009 a profondément marqué l’institut, tant dans ses personnels que dans son activité. Il serait regrettable qu’au moment où les effets de cette restructuration s’estompent, un nouveau changement institutionnel perturbe à nouveau l’INJEP. La recherche, nécessite une stabilité peu compatible avec des changements institutionnels permanents.

Pour toutes ces raisons il nous parait urgent que soit :

– assurée la pérennité de l’Injep et principalement de l’Observatoire en tant qu’instrument d’observation, d’analyse et d’évaluation des politiques publiques à l’intention de la jeunesse et de l’éducation populaire ;

– préservées les conditions de production d’une revue devenue un outil majeur de tous ceux qui, praticiens et chercheurs de tous horizons, travaillent dans le domaine de la jeunesse.

 

Universitaires, les membres du comité de rédaction savent le prix que leurs collègues attachent à l’indépendance des revues scientifiques. Ils mesurent très bien la perte de crédit et les dangers que ferait peser sur la revue Agora débats/jeunesses sa prise en charge directe par une administration. La jeunesse, en Europe et en France plus particulièrement, est confrontée à des difficultés bien plus redoutables que celles auxquelles ont, en leur temps, été confrontés les signataires de ce texte. Ces derniers comprendraient d’autant plus mal que soient remis en cause deux leviers essentiels dans la perspective d’une action plus efficace en direction de nos jeunesses. C’est pourquoi les chercheur.e.s, membres du comité de rédaction, ne peuvent accepter la remise en cause de l’Injep et les risques encourus par Agora débats/jeunesses. C’est pourquoi ils demandent avec conviction et fermeté que soit assurée la permanence de l’une et de l’autre.

Les membres du comité de rédaction de la revue Agora débats/jeunesses :

Yaëlle Amsellem-Mainguy, chargée de recherche à l’INJEP
Jean-Pierre Augustin, Professeur à l’université de Bordeaux-III, ADES/CNRS
Valérie Becquet, Maître de conférences à l’IUFM de Versailles, membre du laboratoire École, mutations, apprentissages (EMA)
Laurent Besse, Maître de conférences, IUT de Tours, département de Carrières sociales
Claire Bidart, Directrice de recherche au LEST/CNRS
Vincenzo Cicchelli, Maître de conférences à l’université Paris Descartes, membre du GEMASS
Philippe Cordazzo, Maître de conférences à l’université de Strasbourg
Yves de Curraize, PRAG IUT Paris-Descartes Olivier Douard, fondateur de la revue, président de l’observatoire régional de la jeunesse Languedoc-Roussillon
Henri Eckert, Professeur à l’université de Poitiers, membre du GRESCO
Sylvia Faure, Professeure à l’université Lumière/ Lyon-II, membre du GRS/CNRS
Julien Fuchs, Maître de conférences, université de Bretagne occidentale
Olivier Galland, Directeur de recherche au CNRS-GEMASS/CREST, président du conseil scientifique de l’INJEP.
Sandra Gaviria, Maître de conférences, IUT du Havre, membre du CIRTAI/CNRS
Jean-Francois Guillaume, chercheur à l’Institut des sciences humaines et sociales, université de Liège au Sart Tilman
Francine Labadie, Chargée de recherche à l’INJEP
Francis Lebon, Maître de conférences à l’université de Paris-Est, membre du CIRCEFT
Léa Lima, Maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM),membre du LISE
Chantal de Linares, sociologue associée à l’Injep
Patricia Loncle, Chargée de recherche à l’École des hautes études en santé publique
Mustafa Poyraz, Enseignant à l’université d’Évry, à l’université de Paris-XI et à l’Institut de formation à l’animation
Goucem Redjimi, CEPJ, DRDJS d’Île-de-France, MAPE
Jean-Claude Richez, coordinateur de la mission observation – évaluation de l’INJEP
Bernard Roudet, chargé de recherche à l’INJEP Roger Sue, Professeur à l’université René-Descartes, membre du CERLIS/CNRS
Vincent Tiberj, Maître de conférence à Sciences-Po, membre du Centre d’études européennes
Angelica Trindade-Chadeau, chargée de recherche à l’INJEP
Cécile Van de Velde, Maître de conférences à l’EHESS, membre du conseil scientifique de l’INJEP
Alain Vulbeau, Professeur à l’université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense

Pour un Observatoire de la jeunesse autonome

Paris, le 10 avril 2013

Monsieur le Premier ministre,
Madame la ministre de la Réforme de l’Etat, de la Décentralisation et de la Fonction publique,
Madame la ministre, porte-parole du gouvernement,
Madame la ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative,

Depuis plusieurs mois, et conformément aux engagements de campagne du Président de la République, votre gouvernement s’est attaché à placer la jeunesse au coeur de l’action gouvernementale. Cette volonté politique forte s’est d’ores et déjà traduite par l’adoption d’un ensemble de mesures visant l’amélioration de la situation des jeunes : loi de refondation de l’école, emplois d’avenir, contrats de génération, caution solidaire universelle en matière de logement ou encore garantie jeunes.

Néanmoins, alors que le récent Comité interministériel de la jeunesse a réaffirmé la priorité gouvernementale en matière de jeunesse, le mouvement engagé dans le cadre de la Modernisation de l’Action publique menace aujourd’hui l’Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire (INJEP) et la production d’une connaissance neutre et indépendante sur la jeunesse, source indispensable pour la conduite de l’action publique en la matière.

En effet, l’INJEP, établissement ressource pour l’observation et l’analyse de la jeunesse et des politiques publiques de jeunesse depuis 60 ans, est à nouveau replongé dans une restructuration. Après avoir vu disparaître en 2009 la moitié de ses effectifs au gré d’une Révision Générale des Politiques Publiques dévastatrice, l’établissement se voit aujourd’hui menacé de renoncer à son autonomie au profit d’un rattachement fonctionnel à l’Administration centrale et à une éventuelle Délégation interministérielle à la jeunesse.

Les nouvelles missions dévolues à l’établissement depuis 2010 (décret n°2010-98 ; l’observation des pratiques et attentes des jeunes ainsi que des politiques en faveur de la jeunesse, la participation à l’évaluation de ces politiques, la réalisation et la diffusion d’études et d’analyses dans ces domaines, mais aussi le maintien d’une veille documentaire par l’intermédiaire d’un centre de ressources) ont permis la production de travaux de référence originaux sur les questions de jeunesse, salués de tous, soulignant le dynamisme de l’établissement et sa réactivité. Elles ont d’ailleurs été félicitées par la Cour des Comptes qui rappelait l’importance de préserver son statut d’autonomie vis-à-vis de sa tutelle ministérielle. Dans ce cadre, la restructuration qui s’engage aujourd’hui met à nouveau en péril l’assise de l’établissement.

Dans ce contexte, nous tenons à vous faire part de notre incompréhension totale face au souhait affiché par la ministre d’intégrer l’INJEP à l’Administration, et à rappeler la spécificité et l’originalité d’un Observatoire public et national par rapport à un service de l’État. Si l’Administration assure le suivi de la mise en oeuvre des politiques publiques, l’Observatoire national au sein duquel nous exerçons nos missions s’attache quant à lui à analyser la concrétisation de ces politiques sur le terrain, et doit être en capacité de diffuser ses travaux et nourrir le débat public pour éclairer les acteurs des politiques de jeunesse.

Dès lors, notre travail d’observation consiste en une double mission :
• d’une part un repérage et une analyse des politiques mises en oeuvre par l’État mais aussi par les collectivités territoriales et les associations (« Triangle magique » préconisé par la commission européenne pour la mise en oeuvre des politiques de jeunesse reposant sur la connaissance de la jeunesse (recherche) les décideurs politiques et les travailleurs de jeunesse) ;
• d’autre part la production de connaissances à travers des études et des recherches sur les pratiques et attentes des jeunes.

L’INJEP peut mener à bien cette mission parce qu’il est à l’interface des acteurs et des opérateurs nationaux et locaux des politiques de jeunesse ainsi que des réseaux universitaires de recherche. Cette position particulière, à une juste distance de chacun d’entre eux, constitue un atout précieux.
Les chargés d’études et de recherche sont notamment en prise directe avec les avancées de la recherche scientifique qu’ils remobilisent dans leur travail auprès des professionnels ; ils sont Lire la suite